A general model of fluency effects in judgment and decision making
Unkelbach, C., & Greifeneder, R. (2013). A general model of fluency effects in judgment and decision making. In The experience of thinking (pp. 11-32). Psychology Press. Récupéré à https://www.researchgate.net/profile/Christian-Unkelbach-2/publication/285130501_A_general_model_of_fluency_effects_in_judgment_and_decision_making/links/58779de008ae329d622800e1/A-general-model-of-fluency-effects-in-judgment-and-decision-making.pdf
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Abstract des auteurs
Processing or cognitive fluency is the experienced ease of ongoing mental processes. This experience influences a wide range of judgments and decisions. We present a general model for these fluency effects. Based on Brunswik’s lens-model, we conceptualize fluency as a meta-cognitive cue. For the cue to impact judgments, we propose three process steps: people must experience fluency; the experience must be attributed to a judgment-relevant source; and it must be interpreted within the judgment context. This interpretation is either based on available theories about the experience’s meaning or on the learned validity of the cue in the given context. With these steps the model explains most fluency effects and allows for new and testable predictions.
Introduction
La processing fluency ou cognitive fluency correspond à la sensation de facilité dans la réalisation d'un processus mental. Cette sensation a un grand impact sur le processus de jugement et de décision (e.g. des phrases perçues comme fluides sont considérées comme plus vraies). On peut manipuler la fluidité de plusieurs manières (répétition, perceptual clarity, type de police, primin, rimes, cohérence sémantique, etc.).
Ces manipulation amènent 3 questions traitées dans ce chapitre:
- est-ce que la fluency est un concept unitaire, ou est-ce qu'il y a des phénomènes différents qui expliquent les différents types de fluency effects observés ?
- si la fluidité cognitive est le "concept unique" qui explique ces effets, comment se fait-il qu'elle influence autant de types de variables ?
- Si la fluidité est la variable qui explique ces effets, pourquoi vont-ils dans les directions observées ? (e.g. pourquoi les phrases "fluides" sont perçues comme "plus vraies" au lieu de "plus fausses"?)
Range of fluency effects
Un des effets de fluidité les plus connus a été proposé par Tversky et Kahneman. On demandait aux participant·e·s s'il y avait plus de mots en anglais qui commençaient par "r" que de mots avec un "r" en 3e position. En réalité, il y a plus de mots avec un "r" en 3e position, or, les gens ont tendance à dire qu'il y a plus de mots commençant par "r". On peut supposer que c'est parce qu'il est plus facile de trouver des mots commençant par "r" que d'en trouver avec "r" en 3e position (on parle de retrieval fluency). Combs et Slovic (1979) ont trouvé des résultats qui se rapproche de cette expérience en montrant que les gens surestiment les chances de mourir pour des causes présentées dans les médias. Les décès présentés dans les médias sont plus disponibles (et fluides), et donc les personnes surestiment leur fréquences. Begg, Anas et Farinacci (1992) ont aussi montré que des phrases présentées précédemment avaient plus de chances d'être considérées comme vraies en comparaison à des phrases nouvelles.
On peut voir que le dénominateur commun de ces exemples est la fluidité pour juger une propriété dont on n'est pas certain·e (e.g. la fréquence, la vérité, etc.) Cette structure est au coeur de du "lens-model" de Brunswik.
How fluency is used as information in judgment — a Brunswikian explanation
Le modèle de Brunswik se caractérise notamment par la distinction entre des propriétés distales de l'environnement et des éléments proximaux pour inférer ces propriétés (qui ne sont pas directement accessibles). L'exemple classique est l'intelligence : c'est un concept abstrait (on ne peut pas le voir, entendre, sentir, etc.), on doit donc se baser sur des éléments proximaux comme la performance à un test ou à un examen. Les auteurs de ce chapitre considèrent donc que les individus utilisent la fluency comme un élément proximal pour évaluer une propriété distale (comme la réalité ou la fréquence, par exemple).

On pourrait aussi utiliser la profondeur comme exemple: la profondeur est un critère distal qu'on infère à partir d'éléments proximaux comme la parallaxe, la superposition d'objet (un objet A devant un objet B sera plus proche de nous) la texture gradiant (plus c'est loin, plus c'est blurry). Ces éléments ont des différences de ecological correlation (e.g. la superposition d'objet est parfaitement corrélée à la distance). Par ailleurs, on ne met par le même "poids" à chaque cue qu'on utilise selon la situation (e.g. dans un train en mouvement, on va plutôt utiliser la parallaxe que le texture gradiant). Le poids de chaque cue n'est pas forcément corrélé à l'ecological correlation.
L'hypothèse des auteurs est que les éléments influencés par la fluency sont des propriétés distales de l'environnement, et que les gens doivent utiliser des éléments proximaux. Ces éléments son:
- facilement accessible dans le processus mental en cours
- ne sont pas des cues parfaites, mais ont une relation probable avec la propriété distale
A process model
Il est possible que la fluency influence beaucoup de types de processus parce que c'est un indice probabiliste utilisé pour évaluer des critères distaux.
Experiencing fluency
Même si nous n'avons pas vraiment conscience de ce que fait notre esprit, nous nous rendons compte des difficultés des opérations mentales lorsque nous les réalisons (e.g. lorsqu'on essaie de se remémorer de qqch). on peut comparer ça à la sensation de faim quand notre taux de glucose est bas: on ne peut pas ressentir notre taux de glucose, mais la sensation de faim est ressentable. Dans la même veine, le sentiment de fluency nous donne une fenêtre sur des processus qui ne seraient pas accessibles autrement.
Ce chapitre vise à traiter deux questions:
- Comment nos processus mentaux se traduisent par une sensation de fluency? Une réponse possible est que les processus cognitifs sont continuellement monitorés (au même titre que d'autres processus physiologiques automatiques) et que le résultat de ce contrôle est la fluency.

- Quand la fluency ressentie influence-t-elle les jugements et les décisions? On ressent de la fluency lorsqu'il y a des différences entre ce qui est attendu et ce qui a été perçu (par exemple, on va directement repérer un "étranger" dans un repas de famille, ou quelqu'un de familier dans un groupe d'étrangers). Dans l'exemple du schéma, on voit que c'est le processus 2 qui dévie du reste, c'est donc celui là qui va être ressenti. Cela dit, la déviation ne doit pas forcément provenir de plusieurs processus en cours, mais elle peut aussi résulter d'attentes, d'une comparaison avec une baseline ou d'expériences antérieures. Sinon, le modèle ne prédirait pas d'effets de fluidité lorsqu'il n'y a pas de variation dans une situation donnée (p. ex. : lorsque l'on demande aux personnes d'estimer la fréquence des mots ayant la lettre « r » en troisième position).
Pour tester l'effet de fluidité, Dechêne, Stahl et Wänke (2009) ont voulu regarder la différence de croyance de phrases déjà vues selon le type de liste (i.e. : une liste avec que des nouvelle phrases, que des vieilles, ou un mix). Ils ont trouvé que les phrases déjà vues étaient notées plus haut dans les listes mixtes.
Attributing fluency
La fluidité cognitive n'est informative que si elle est correctement attribuée à la bonne cause. Par exemple, juger les mots avec "r" en 3e position comme moins fréquents parce qu'ils sont difficiles à récupérer en mémoire ne fonctionne que si on attribue cette difficulté au processus de mémorisation, et non à des facteurs externes comme le bruit ou une migraine. Si l'attribution causale est erronée, l'expérience de fluidité devient inutile pour évaluer la tâche.
La "saillance" (i.e. une cause qui se démarque "visuellement") peut être perçue comme la source de la fluency. En général, la fluency est correctement attribuée, mais des expériences montrent que lorsqu’une autre source est identifiée, l’effet est supprimé. Par exemple, Schwarz et al. (1991) montrent que si une autre source explicite (comme une musique de fond) est proposée pour expliquer la fluidité, son influence sur les jugements disparaît.
Interpreting fluency
Quand on ressent la fluency et qu'elle est attribuée au processus mental qui la cause, la dernière étape est de repérer ce que signifie cette expérience (ce qui expliquerait son influence sur le jugement sur la fréquence, la vérité, l'appréciation et d'autres domaines).